# Qui a volé le panda roux ?

Author: Florent Martineau
Language: fr
Published: 2026-10-15T00:00:00.000Z
Updated: 2026-10-15T00:00:00.000Z
Canonical: https://florentmartineau.com/fr/blog/qui-a-vole-le-panda-roux/

Un tableau a disparu. Trois détectives aux méthodes très différentes se penchent sur l’affaire. Tous ont raison et tous ont tort.

![Une de journal fictif : Le Panda roux a disparu. La photographie montre un emplacement vide au musée et une fenêtre ouverte.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-journal-blank.webp)

LE JOURNAL DU MUSÉE  
LE PANDA ROUX A DISPARU  
Aucune alarme, fenêtre ouverte. Coïncidence ? Nous ne croyons pas.

20 heures. La gardienne entre dans la salle principale du musée.

Stupeur ! Le tableau mondialement connu, « _Le Panda Roux_ », a disparu !! 😱

La fenêtre est ouverte. L’alarme ne s’est pas déclenchée.

Trois détectives aux tempéraments bien trempés arrivent sur place. Chacun avec sa méthode bien à lui.

![Sinalors, Déjàvu et CQFD examinent l’emplacement vide du tableau dans le musée, près d’une fenêtre ouverte.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-detectives-scene-initiale-v2.webp)

## Inspectrice Sinalors

Règles · « Si… alors… »

> « Une fenêtre ouverte ? Je cherche des traces de passage. Un tableau absent ? Je vérifie si son déplacement était autorisé. Je suis la procédure. »

## Commissaire Déjàvu

Frames · « Ça ressemble à… »

> « J’ai déjà vu des affaires similaires. Je regarde ce qui colle… et ce qui cloche. »

## Lieutenant CQFD

Logique · « Qu’est-ce qui en découle ? »

> « Un instant. Quels sont les faits ? Quelles sont nos hypothèses ? Avant de conclure, je veux des preuves. »

## Le tableau a-t-il été volé ?

### Sinalors

> « Le tableau manque : quelqu’un a-t-il autorisé son déplacement ? La fenêtre est ouverte : cherchons des traces. Deux indices, deux vérifications. »

### Déjàvu

> « Un tableau qui disparaît, une fenêtre ouverte… Ça sent le cambriolage. Voyons par où ils auraient pu passer, et comment ils auraient emporté le tableau. »

### CQFD

> « Le tableau n’est plus là, d’accord. Mais « absent » et « volé », ce n’est pas la même chose. »

Sinalors consulte la procédure :

SI le tableau manque dans la salle
ALORS consulter les mouvements autorisés

SI la fenêtre est ouverte
ALORS chercher des traces de passage

À chaque situation prévue, la procédure de Sinalors associe une vérification. Mais que faire si aucun cas ne correspond ? Aucune règle ne s’applique : la procédure ne lui donne plus de marche à suivre.

Déjàvu ouvre son carnet et remplit sa fiche consciencieusement :

CAMBRIOLAGE ?
├── objet recherché     : _Le Panda roux_
├── accès possible      : _fenêtre_
├── auteur              : _inconnu_
├── traces d’effraction : _à chercher_
└── sortie du butin     : _à expliquer_

Déjàvu utilise un _frame_, ou « cadre » en français : une fiche qui décrit un type d’affaire et ce qu’on y retrouve habituellement. Pour un cambriolage, il cherche par où quelqu’un serait entré, quelles traces il aurait laissées et comment le tableau serait sorti. Ce sont des hypothèses à vérifier. Elles lui donnent une piste, mais il risque de persister dans une fausse direction.

CQFD s’en tient aux faits :

Absent(LePandaRoux, Salle3, 20h)
Ouverte(Fenêtre, 20h)

Volé(LePandaRoux) : pas établi

CQFD décrit les faits et précise ce qu’ils permettent de conclure. Pour lui, une fenêtre ouverte ne prouve pas un vol. La logique aide à vérifier une conclusion. À elle seule, elle ne lui indique pas quelles questions poser ensuite.

Et vous, par où commenceriez-vous ?

**La façon de représenter les faits change la façon d’enquêter.** Sinalors voit des conditions qui déclenchent des vérifications. Déjàvu reconnaît un scénario et cherche les indices qu’il s’attend à trouver. CQFD note des faits et vérifie ce qu’on peut en déduire.

Ils ne posent donc pas les mêmes questions en premier. Déjàvu cherche comment le voleur est entré. Sinalors consulte les mouvements autorisés. CQFD demande ce qui permet d’affirmer qu’il y a eu un vol.

![Déjàvu dessine dans son carnet l’emplacement vide et la fenêtre ouverte. Son croquis reprend ces éléments du musée, mais laisse de côté les sculptures, les cadres et la lumière.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-scene-et-carnet.webp)

Le carnet retient certains aspects du musée, mais omet moult détails.

Un substitut au monde réel

Une fiche n’est pas la scène du crime : elle la représente. Elle sert de substitut au monde réel. **Elle retient certains détails et en laisse d’autres de côté.**

## Le silence de l’alarme

Le responsable de la sécurité précise :

> Lorsque l’alarme fonctionne et reste activée, ouvrir cette fenêtre déclenche une alerte.

Or aucune alerte n’a été enregistrée.

![Une alarme silencieuse près de la fenêtre ouverte. Deux bulles montrent des hypothèses : désactivation et panne.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-alarme-silencieuse-v2.webp)

Un même silence, plusieurs explications possibles.

### Sinalors

> « Pas d’alerte ? Vérifions que l’alarme était activée, qu’elle fonctionnait et que les alertes étaient bien enregistrées. Dans cet ordre. »

### Déjàvu

> « Pas d’alarme… Ça me rappelle les affaires où quelqu’un connaît bien les lieux. Je regarderais du côté des habitués. »

### CQFD

> « Ou une panne. Ou une alarme qui n’était pas activée. Pour l’instant, on ne peut pas trancher. »

Déjàvu propose une piste : les habitués. Sinalors sait quelles vérifications entreprendre. CQFD rappelle qu’on ne sait pas encore si quelqu’un a désactivé l’alarme volontairement.

Une manière de raisonner

Selon le résultat souhaité, chaque approche peut être préférable :

*   Savoir quelles vérifications faire : Sinalors est avantagée. Ses règles lui donnent une marche à suivre.
*   Trouver une piste, quitte à se tromper : Déjàvu est avantagé. Il avance vite, au risque de foncer tête baissée sur une fausse piste.
*   Éviter les conclusions hâtives : CQFD est avantagé. Il exige des preuves avant d’accuser, quitte à laisser échapper des coupables.

La même information peut donc servir à proposer une piste, à choisir une vérification ou à examiner une conclusion. **La manière de se représenter le monde influe sur les questions auxquelles on va répondre.**

## Le badge semble accuser la technicienne

Un journal d’accès apporte un nouvel indice :

18:42 | SALLE 3 | BADGE DE LA TECHNICIENNE

La technicienne affirme pourtant être partie à 18 h 30.

### Sinalors

> « Les horaires ne collent pas ? Vérifions l’horloge. »

### Déjàvu

> « Un alibi qui ne tient pas… J’ai déjà vu ça. »

### CQFD

> « Quelqu’un a utilisé son badge. Rien ne prouve que c’était elle. »

Quelques minutes plus tard, le restaurateur explique qu’il avait emprunté le badge.

![Le restaurateur présente au lecteur un badge portant le portrait de la technicienne : la personne qui utilise la carte n’est pas sa propriétaire.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-badge-emprunte-v3.webp)

Le relevé disait vrai. Ce sont Sinalors et Déjàvu qui lui faisaient dire davantage.

Si le relevé avait identifié la personne qui utilisait le badge, il aurait indiqué :

18:42 | SALLE 3 | UTILISATEUR : RESTAURATEUR

La technicienne n’aurait alors pas été accusée à la place du restaurateur.

Choisir ce qu’on représente

Que faut-il noter : la propriétaire du badge ou la personne qui l’utilise ? Ce choix change les conclusions possibles. Ici, il faut distinguer deux relations : « possède le badge » et « utilise le badge ». **Si notre description les confond, nous risquons d’accuser la mauvaise personne, quelle que soit la méthode de raisonnement.**

Aucun des trois détectives n’est à l’abri de ce piège. Une règle peut reposer sur une hypothèse fausse. Un frame peut nous faire chercher les indices d’un scénario qui n’a jamais eu lieu. Et un raisonnement purement logique peut partir d’une information erronée.

## La bonne information, à temps

Miracle ! Sinalors, Déjàvu et CQFD sont d’accord ! Tous les trois veulent consulter le registre des mouvements d’œuvres pour savoir si le tableau a été déplacé.

Un fichier Excel bien organisé ? Un filtre sur « Le Panda roux » et hop ! Une pile de documents non triés ? Bon courage.

![À gauche, les trois détectives trouvent une ligne dans un tableur filtré. À droite, ils peinent à retrouver une information au milieu de dossiers et de feuilles non triés.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-tableur-paperasse-v2.webp)

La même recherche, avec ou sans classement.

Un moyen de trouver des réponses

La façon de représenter et d’organiser les informations peut rendre une recherche rapide ou laborieuse. **Il ne suffit pas de pouvoir trouver une réponse : il faut pouvoir la trouver dans un délai raisonnable.**

## Le tableau était à l’atelier

Le registre contient un transfert autorisé à 18 h 45. Le restaurateur confirme le transport. Le tableau est retrouvé dans l’atelier.

La fenêtre avait été ouverte pour aérer après la fermeture, avec l’alarme désactivée selon la procédure habituelle.

![Sinalors, Déjàvu et CQFD entourent le tableau du Panda roux, retrouvé sur un chevalet dans l’atelier de restauration.](https://florentmartineau.com/images/articles/panda-roux-atelier-detectives-carre-v3.webp)

Le tableau avait simplement été transféré à l’atelier.

### Sinalors

> « Autorisation vérifiée, tableau retrouvé. Les deux cases sont cochées. »

### Déjàvu

> « Bon. Ça ressemble beaucoup plus à un départ en restauration qu’à un cambriolage. »

### CQFD

> « Le tableau avait simplement été transféré à l’atelier. CQFD. »

Nous avions commencé à chercher un voleur avant de vérifier où était le tableau.

## Comment éviter de refaire la même erreur ?

Le musée veut retenir la leçon :

> Un badge peut être utilisé par quelqu’un d’autre que son propriétaire.

Comment l’écrire ?

### Sinalors

Revoir les règles : l’utilisation d’un badge ne suffit pas à identifier la personne qui est passée.

### Déjàvu

Prévoir, dans sa fiche, qu’un badge peut être prêté. Si l’enquête dépend de l’identité de la personne, penser à vérifier.

### CQFD

Noter séparément qui possède le badge et qui l’a utilisé :

`Propriétaire(Badge17, Technicienne)`

`Utilisateur(Badge17, Restaurateur, 18h42)`

Les trois peuvent noter qu’un badge a été prêté. Encore faut-il que leurs collègues comprennent cette information et puissent la corriger si nécessaire.

CQFD présente une notation logique à la gardienne, qui ne la comprend pas. Sinalors reformule les mêmes faits en phrases, que la gardienne comprend. ? Propriétaire(B17, T) Utilisateur(B17, R) Compris ! La technicienne possède le badge. Le restaurateur l’a utilisé.

La même information, formulée pour la personne qui doit la lire.

Un langage commun

Il faut pouvoir écrire ce qu’on sait, le faire comprendre aux autres et le corriger. **Une représentation doit être compréhensible par ceux qui l’utilisent, pas seulement par son auteur.**

## Il n’y a pas de représentation magique

Les trois détectives ont les mêmes indices. Leurs descriptions les aident à faire des choses différentes.

### Les règles

**Pour suivre une procédure :** elles relient une condition à une conclusion ou à une action.

**La limite :** les cas oubliés et les mauvaises règles. Une procédure ne prévoit pas tout.

### Les frames

**Pour reconnaître une situation :** ils rassemblent ce qu’on sait et ce qu’on attend d’un cas typique.

**La limite :** le cas réel peut être différent. Ce qui se passe d’habitude n’est pas forcément ce qui s’est passé ici.

### La logique

**Pour vérifier une conclusion :** elle précise ce qui découle des faits et des relations qu’on a décrits.

**La limite :** elle n’indique pas, à elle seule, quelle action entreprendre ou quelle piste explorer. Un raisonnement correct sur des prémisses fausses peut conduire à une conclusion fausse.

Ces approches se recouvrent : on peut écrire des règles en logique, ou décrire des scénarios avec des faits et des relations. **La même information peut être simple à utiliser sous une forme et laborieuse sous une autre.**

**Pour choisir une représentation, encore faut-il savoir quelle tâche on souhaite accomplir.** Veut-on que chaque détective applique la même procédure rigoureuse pour limiter les biais ? Veut-on trouver vite une piste, au risque de suivre la mauvaise ? Ou vérifier qu’une conclusion découle bien des faits ?

Dans [_What Is a Knowledge Representation?_](https://doi.org/10.1609/aimag.v14i1.1029), Davis, Shrobe et Szolovits distinguent cinq rôles abordés au cours de l’enquête :

*   **Substitut à la réalité :** le carnet permet d’étudier la scène sans rester au musée.
*   **Choisir ce qu’on représente :** la propriétaire du badge et son utilisateur sont deux personnes différentes.
*   **Guider le raisonnement :** selon la méthode choisie, vérifier une conclusion, suggérer une piste ou déclencher une vérification.
*   **Obtenir une réponse assez vite :** un registre classé évite de fouiller des milliers de documents.
*   **Partager ce qu’on sait :** la gardienne doit pouvoir comprendre le compte rendu et le corriger.

On peut combiner les représentations : un frame pour proposer une piste, des règles pour organiser les vérifications, la logique pour examiner les conclusions. **On peut choisir plusieurs représentations pour accomplir différentes tâches.**

**Il n’y a pas de représentation idéale dans l’absolu : son intérêt dépend de ce qu’on veut faire.**

> Vous savez, moi, je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise représentation dans l’absolu. Je dirais que c’est d’abord des objectifs. Des procédures à suivre, des pistes à explorer, des conclusions à vérifier… Alors je dis merci aux fiches, je chante les règles, je danse la logique ! Et quand on me demande : « Comment faites-vous pour retrouver le coupable ? », je réponds : je vérifie d’abord qu’il y en a un.

Avez-vous changé de détective préféré au cours de l’enquête ?
